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  • Eric Gueguen

Liberticide, le confinement ?

Depuis un an nos conversations se sont enrichies d’un nouveau vocabulaire. Ces mots sont venus s’insinuer dans notre vie quotidienne au point d’être devenus presque banals : confinement, attestation dérogatoire, justificatif de déplacement, état d’urgence sanitaire, commerces essentiels, etc. Ce glissement sémantique appelle une question : Est-ce une atteinte à notre liberté ?


La liberté selon le droit


Sans doute faudrait-il parler de libertés au pluriel. Indéniablement nos déplacements ont été limités et les possibilités de nous réunir, restreintes. Une première approche de la liberté est juridique. La Constitution française est garante des libertés fondamentales comme celle d’aller et venir, de manifester, de s’exprimer. Mais dans le même temps, la Déclaration [fondatrice] des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 précise que « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. » L’État est donc légitime pour ajuster le périmètre des libertés, particulièrement en cas de crise.


De sa manière abrupte, le ministre de la justice, Eric Dupond Moretti, a conforté cette position en affirmant que « La liberté, ce n'est pas le fait que je vous approche sans masque et que je vous contamine. » (LCI 13/11/2020 - https://bit.ly/3meM5WL).


Néanmoins, le gouvernement n’agit pas sans garde-fou. Pour que l’état d’urgence sanitaire puisse être prolongé, le Parlement a dû se prononcer par le vote d’une loi qui encadre cette situation d’exception, notamment par une limitation dans le temps. La dernière a été adoptée le 15 février 2021 pour une prorogation jusqu’au mois de juin 2021 (voir le texte de loi : https://bit.ly/3sIVYOE).


La liberté ressentie


Pour autant, l’approche juridique n’est ni suffisante ni satisfaisante. Sinon il faut appeler à la rescousse tous les traités et conventions internationales : droit d’accès à la santé, à l’éducation à la culture. La crise sanitaire en bouscule un certain nombre.

« [...] Ce qui se passe depuis des mois n’a requis aucun consentement. Les choses ne sont donc pas acceptables en tant que telles, mais on les accepte parce qu’il en est ainsi », souligne Géraldine Mosna-Savoye, productrice du Journal de la philo sur France Culture. (lire : 04/02/2021 - https://bit.ly/3rF8r4x).


En avril 2020, forte de ses convictions, une avocate rouennaise, Chloé Chalot, est parvenue à faire libérer son client poursuivi pour délit de violation réitéré du confinement (actu.fr – 23/04/2020 - https://bit.ly/3wjOF28).


En Belgique, après une plainte de la Ligue des droits humains, l’État s’est vu contraint, par le tribunal de première instance de Bruxelles, de mettre fin aux mesures de restrictions ou à les encadrer par la loi (La Voix du Nord 31/03/2021 - https://bit.ly/39Bof2b)


Il y a donc une autre dimension à la Liberté ; celle que chacun perçoit et qui est transcrite aujourd’hui sous la notion d’« acceptabilité». Quelle est la définition que nous sommes prêts à admettre individuellement et/ou collectivement dans un contexte de fatigue, de lassitude ?

Le « Nous sommes en guerre » du Président de la République laisse apparaître un ennemi meurtrier : le virus. Mais la bataille contre le coupable, qui impose de se munir d’armes de lutte (confinement ? vaccin ?), ne doit pas renverser la charge de la culpabilité. Le citoyen n’est pas un criminel en puissance parce qu’il s’est trompé de plus ou moins bonne foi sur la signature de son attestation dérogatoire pour prendre un peu plus d’air. Encore une fois, où sont les bornes ? A Étretat, par exemple, quelle liberté a été entravée par l’afflux massif de touristes lors des vacances d’hiver. Entre le droit de circuler et le droit à la quiétude des habitants, comment choisir ?

Cette [privation de] liberté ressentie relève fondamentalement de la liberté individuelle -intime - qui dépasse les textes de loi. L’esprit de la Liberté est en ce sens inaliénable.


La littérature en livre la clé : « Sur la santé revenue / Sur le risque disparu / Sur l’espoir sans souvenir / J’écris ton nom / Et par le pouvoir d’un mot / Je recommence ma vie / Je suis né pour te connaître / Pour te nommer / Liberté. » (Paul Eluard)