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Guerre du Sahel : Macron veut «décapiter» les organisations terroristes




Hier, mardi 16 février, se tenait le sommet du G5 Sahel dans la capitale du Tchad, N’Djamena. Ce sommet est une institution de coopération et de coordination entre les 5 pays du Sahel, la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, dans leur lutte contre le terrorisme et pour le développement de la région. Étant pleinement engagée dans la région à travers l’opération Barkhane, la France participe naturellement à ce sommet, avec un Président Macron très impliqué dans le conflit, affirmant notamment hier sa volonté de « décapiter » les organisations terroristes sur place.


L'opération Barkhane


Avant d’aborder les enjeux, faisons le point rapidement sur l’opération Barkhane.

En 2013, en répondant à l’appel à l’aide du Mali, la France s’est engagée au Sahel pour stopper l’avancée des groupes terroristes affiliés à Al-Qaïda qui occupaient déjà le nord du pays et se rapprochaient dangereusement de la capitale Bamako. L’opération Barkhane, c’est 5 100 soldats français mobilisés dans le Sahel, dont 600 envoyés en renfort l’an dernier par Emmanuel Macron lors du G5 Sahel de Pau. Mais l’opération Barkhane, c’est aussi 57 militaires français morts depuis 2013, les deux derniers et la première femme le 2 janvier dernier.


Depuis huit ans, malgré des réussites des forces françaises et africaines sur des chefs de guerre ennemis, la méthode de guérilla des terroristes fait perdurer l’instabilité et l’issue du conflit est encore difficile à apercevoir. Mais pour le Président Macron, un retrait des troupes serait « une grave erreur »


Les 3 objectifs de Macron


Le président français ne s’avoue pas vaincu et veut au contraire passer à la vitesse supérieure. Les 3 messages qu’il a voulu faire passer hier sont :

  • Accentuer la pression sur les terroristes, et « décapiter » les organisations affiliées à Al-Qaïda avec des opérations concrètes pour reprendre le contrôle des zones sensibles.

  • Renforcer le soutien international, notamment sur le plan du financement de la force conjointe France et pays du Sahel.

  • Et enfin, donner une perspective de développement pour les habitants du Sahel.


Pour le chef de l'état et ceux en faveur de l’opération, se retirer maintenant serait gâcher les efforts fournis depuis 8 ans et prendre le risque de laisser les terroristes reprendre du terrain. En effet, la principale crainte de la coalition est que les forces africaines ne soient pas encore prêtes à reprendre la main sur le conflit.





Devons-nous rester au Sahel ?


Du côté des partisans du retrait de la force française, le temps se fait trop long depuis le début de l’opération en 2013 et les grandes avancées attendues peinent à arriver. En plus de cette impression de sur-place, la longue présence militaire française devient de plus en plus impopulaire, en France comme dans la région. Le problème militaire devient politique. La France peut-elle se substituer indéfiniment aux gouvernements locaux ? Comment faire face à la volonté d’indépendance, voire parfois d’un sentiment anti-français qui émerge dans la région ? Les pays du Sahel peuvent-ils s’en sortir sans le soutien de la France ?

Face à ces questions, Emmanuel Macron se trouve entre le marteau et l’enclume. Avec d’un côté la volonté d’un effort de discrétion sur place pour atténuer le sentiment anti-français, mais de l’autre le caractère leader que reflète le chef de l’état à travers son engagement dans la gestion du conflit.


La pauvreté comme moteur de l’instabilité


Le problème de sécurité toujours irrésolu, le défi du développement lui aussi persiste. Le Sahel et ses 5 pays, territoire grand comme l’Europe, est une des régions les plus pauvres du monde. La pauvreté amène l’instabilité, l’instabilité perpétue la pauvreté. Des déplacements de populations, des crises intercommunautaires, une jeunesse menacée par la précarité et l’embrigadement terroriste. Tout le monde s’accorde pour dire que l’approche uniquement militaire ne suffira pas à répondre aux problèmes de développement sur le plan politique, économique et de l’éducation.


Afin de s’assurer que ces défis ne restent pas en arrière-plan, un organisme a été créé en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel : l’Alliance Sahel. Sur les quatre dernières années, l’Alliance Sahel a multiplié les actions de développement avec près de 12 Mds € investis, notamment sur l’accès à l’électricité, les vaccins, l’éducation des jeunes et l’agriculture. Mais le chemin vers la sécurité et la prospérité reste encore long.


« Le sommet de Pau a été celui du sursaut militaire. Celui de N'Djamena sera celui du sursaut diplomatique, politique et du développement afin de consolider les résultats des derniers mois », affirmait le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian.


Espérons que ces actions se concrétisent dans un futur proche.


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